Dans les années 20, des démarchent de conciliation laissaient enfin penser qu’un esprit de solidarité et une détente morale pouvaient s’envisager entre ennemis d’hier suite à la signature des accords de Locarno en 1925 et l’entrée de l’Allemagne à la Société des Nations. Malheureusement, les rivalités économiques entre pays suite à la crise de 29 ouvrent la porte à des rancunes  anciennes, les projets totalitaires s’affirment en séduisant les populations, l’accès au pouvoir d’Hitler en 1933 et rapidement le non respect d’un traité de Versailles vécu comme une injustice par l’Allemagne firent souffler à nouveau un vent de méfiance et de panique.

L’optimisme était donc trompeur. Il ne s’agissait que d’une trêve !

Dès 1929, la France se lance dans la construction de sa ligne Maginot. La même année, en Belgique, une commission est chargée d'étudier le système de défense du pays et décide de fortifier la région de Liège ainsi que de moderniser huit de ses anciens forts. Les grandes lignes d’un programme de défense du territoire belge sont lancées. Ces fortins feront partie de cette démarche onéreuse de consolidations de nos défenses qui se poursuivront jusqu’à la déclaration de guerre, le 10 mai 1940.

Le 14 octobre 1936, Léopold III déclare au Conseil des ministres : « Seule une neutralité volontaire, appuyée par un appareil militaire aussi puissant que possible, peut maintenir la Belgique à l'écart du conflit. » (Lucien Marchal, La mauvaise carte, Bruxelles, 1946, p.118). Afin de ne pas provoquer l’Allemagne qui vient d’entrer en Rhénanie et de ne pas être entraînée dans un nouveau conflit alors qu’elle n’en à pas les moyens, la Belgique opte librement pour un vigoureux repli sur sa neutralité et affirme sa volonté de se recentrer exclusivement sur l’organisation de la défense de son territoire. Alors que des réductions d’effectifs dans le personnel de l’armée avaient été opérées en 1928, le service militaire passa à 17 mois et de grandes mesures de renforcement des fortifications furent déployées.

Par ce choix politique, elle rompt implicitement son alliance avec la France, dénonce unilatéralement le traité de Locarno et tourne le dos à la ses alliés de jadis car elle perçoit clairement qu’aucun d’eux ne veut revivre le conflit.

La Belgique est désormais « devant la guerre », angoissée de se voir confrontée au destin qu’on lui réserve.

Depuis le rattachement de l’Autriche à l’Allemagne le 13 mars 1938 (Anschluss) jusqu’à l’invasion de la Pologne en septembre 39, la Belgique angoisse silencieusement retirée sous le couvert de sa neutralité. Les Belges se souviennent et savent qu’ils sont rangés parmi les 15 Etats dont doit être formé le peuple allemand futur.

Dès septembre 1939, la Belgique mobilise progressivement 650.000 hommes sous les drapeaux, diversement préparés et constitués principalement de réservistes. Débute alors la « drôle de guerre », période durant laquelle le pays se prépare à une nouvelle guerre des peuples dans une grande instabilité politique. Les hommes cantonnés à leur poste se plaignent d’une vie limitée à des gardes, des corvées, des travaux de défense sans que ceux qui « veillent » aient pu avoir une réelle préparation au combat.

Un fortin témoin des stratégies politiques et militaires divergentes

Ces fortifications témoignent également des stratégies militaires divergentes qui s’affirmaient au sein des autorités dirigeantes belges.

Certains Députés, parmi lesquels Albert Devèze, sollicitèrent âprement la mise en place d’une ligne de protection à la frontières est du territoire ayant pour vocation de protéger également les populations d’Ardenne malmenées en 1914. Ces petites fortifications, regroupées autour de certains villages et hameaux, visaient à protéger l'exécution des destructions d'ouvrages tels que les ponts routiers, les ponts ferroviaires, carrefour,... et ainsi à retarder l’avancée de l’assaillant. Ce mur défensif allait de paire avec la mise en place d’un régiment spécial offensif que sont les chasseurs ardennais crée en 1933. Originaires de la région, ceux-ci sont casernés à Arlon, Bastogne et Vielsalm. Ces fortins furent réalisés sans la pression du Député Devèse, devenu Ministre en 1932. Ce dernier aurait voulu que ces petites casemates soient des centres de défense permanents à la frontière est du Luxembourg mais l'état major n'y voyait plutôt que l'avant garde d'un dispositif de défense plusimportant. Ses successeurs  préférèrent, en effet, une défense dite « en profondeur » uniquement ce qui équivalait à un abandon de la défense de la frontière pour concentrer les forces au centre du pays sur une ligne K (Liège-Namur).

La défense des Ardennes n'avait jamais été envisagée, l'état-major avait décidé, une fois pour toutes, que ce secteur n'est pas dangereux parce que les forêts des Ardennes sont impénétrables et l'invasion par celles-ci est « inconcevable » (La défense des Ardennes en 1939-1940, dans la Revue internationale d'Histoire militaire, n° 29, Bruxelles, 1970, de Jean Vanwelkenhuyzen, p.879.)

Cette position avancée, constituée de groupes d'abris, sera complétée par la construction d'un réseau de postes surveillant la frontière : les Postes Fixes, Postes d'Examen et Postes d'Alerte, et par un réseau de destructions et d'obstructions.

Pendant la mobilisation, de nombreuses positions de campagne constituées de tranchées, de casemates en rondins, d'emplacements pour canons antichars, ... seront aménagées pour étoffer cette ligne.

Janvier 1939, le plan de défense belge est d’ailleurs totalement modifié en raison du manque de moyens stratégiques.

Le 10 mai 1940, après avoir mis en place les actions retardatrices aux frontières (destruction de ponts, routes, chemin de fer, barrage antichars, abattis d’arbres,…), l’ordre de replis serait donné. Les nombreux petits fortins de ce type ne serviront jamais.

Ne comportant ni système de ventilation, ni cloche d’observation, ni projecteur, ils s’avéraient de véritables tombeaux pour leurs usagers.

Description technique

Les fortins sont des blocs carrés construits en béton armé de grosses barres et de treillis en fer. Ils mesurent 3,20 mètres de côté et sont, en partie, plus ou moins enterrés. Actuellement le lus haut dépasse le sol de 1,90 mètre.

Le mur arrière (côté entrée) est épais de 40 cm, les murs latéraux de 50 cm et le mur avant (côté tir) dépasse un peu 60 cm. Le plafond est épais de 50 cm. L’intérieur est donc réduit à 2,20 m de côté et la hauteur à 1,8 m.

Les fortins étant plus ou moins enterrés, l’entrée est accessible par un escalier qui peut compter jusqu’à 7 marches. Un avaloir est chargé d’évacuer l’eau du fond de l’escalier.

Pour les camoufler, les fortins sont enmottés, recouverts de terre ou entourés de haies. Certains sont déguisés en bâtiments agricoles, des murs en schistes en recouvrant parfois l’extérieur. D’autres sont accolés à un bâtiment.

Leur utilisation

Ce sont des bâtiments qui servent à la protection des soldats lorsqu’ils tirent, et ne sont pas destinés à l’observation. Ils sont équipés probablement d’une mitrailleuse lourde dont l’arrière coulisse sur une glissière en acier. L’angle de tir peut atteindre environ 50°. En cas de tir, le bruit doit être infernal et les gaz émanant du tir suffocants. Le système d’aération semble très succinct.

En cas d’attaque rapprochée, deux conduits permettent aux soldats de lancer des grenades qui atterrissent  à l’extérieur, au pied des murs latéraux.

Les fortins sont cependant de véritables pièges pour leurs occupants. La vue vers l’extérieur est très limitée. Le bâtiment peut être facilement contourné et la porte d’entrée bloquée de l’extérieur. En outre, comme la plupart des fortins sont construits au bord de routes et de chemins, parfois même à une centaine de mètres de ceux-ci, le repli éventuel des hommes doit se faire à découvert.

En janvier 1939, le plan de défense de nos régions est totalement bouleversé. Les nouveaux petits fortins ne serviront jamais. Cependant, des fortins plus grands sont encore construits en automne 1939.